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Mosh

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INTERVIEW MOSH

@pascalbagot

Fortement marqué par les codes du graffiti, Mosh a progressivement fait évoluer son travail vers une approche New School, nourrie d’influences japonaises de plus en plus affirmées. Des références auxquelles le tatoueur italien insuffle une dimension grotesque, très personnelle. L’année 2026 marque un tournant pour l’artiste : après vingt ans passés entre l’Espagne et l’Angleterre, il a choisi de revenir s’installer sur son île natale, Minorque. C’est là, au cœur de l’archipel des Baléares, qu’il s’apprête enfin à ouvrir son propre studio.

Tu as récemment annoncé un nouveau projet prévu pour juin 2026. Peux-tu nous en dire un peu plus à ce sujet ?

Bien sûr ! En juin 2026, ma compagne Marta et moi ouvrirons notre petit studio de tatouage dans le centre de Ciutadella de Minorque. Ce sera notre tout premier salon en centre-ville et nous sommes très impatients.

À quel stade de ta carrière professionnelle cela intervient-il ?

Cela intervient à un moment où je souhaite privilégier la stabilité et vivre là où je le souhaite, plutôt que de déménager sans cesse. Cela va me pousser à travailler dans des styles différents, et j’ai hâte de m’y mettre. Je continuerai à voyager, mais il était temps d’avoir une base solide, près de mes amis et de ma famille.

Peux-tu nous donner un bref aperçu de ton parcours ? Quand et comment es-tu devenu tatoueur ?

J'ai toujours été attiré par les tatouages, Je savais que je voulais devenir tatoueur dès l’âge de 15 ans, mais ce n’est qu’à 20 ans, en 2007, que j’ai réussi à me procurer mes premières machines à tatouer et que j’ai commencé, à Barcelone, où j’ai passé 14 ans. J’ai travaillé dans plusieurs salons de tatouage pendant cette période, puis j’ai déménagé à Leeds pendant quatre ans, où nous avons ouvert un studio privé, avant de décider de revenir à Minorque en décembre 2023.

Tu as toujours dessiné ?

Oui. Nous dessinions tous quand nous étions enfants, certains plus que d’autres, selon les intérêts individuels et les influences de notre milieu. À un moment donné, la plupart des gens se désintéressent, mais pour moi, cela a toujours été présent. Mon oncle Gérard a eu une grande influence ; c’était le seul artiste de ma famille à l’époque et celui qui m’a montré les premiers pas de la peinture sur toile.

Justement, quelles sont les influences artistiques qui ont façonné ton style ?

Enfant, j’allais souvent à la boutique d’en face pour regarder les illustrations des bandes dessinées, et je dessinais beaucoup à partir de mon imagination, sans aucune référence. Le graffiti a sans aucun doute été une grande influence : il m’a donné les outils pour développer mon style personnel sans contraintes, a enrichi mes connaissances en théorie des couleurs et m’a permis de découvrir différentes façons d’apporter du dynamisme et de la personnalité à mes dessins.

As-tu toujours travaillé dans le style New School ?

Oui, mes dessins étaient déjà de style illustratif/New School avant même que je commence à tatouer ; je venais du graffiti, qui est un style assez direct. C’est un style souvent sous-estimé par le grand public, mais davantage apprécié par ceux qui s’intéressent à l’art d’une manière ou d’une autre. Il nécessite de nombreuses compétences et techniques pour être correctement mis en œuvre, ainsi que des centaines d’heures d’étude et de dessin.

À quel moment l’inspiration japonaise a-t-elle commencé à jouer un rôle plus important dans ton travail ?

Je tatoue des motifs japonais/orientaux depuis le début, j’adore l’esthétique de tout ce qui touche au Japon et aux autres pays d’Asie, les compositions, le dynamisme et l’atmosphère, les couleurs… alors je l’ai intégrée à mon style. Le contraste entre le monde moderne et la tradition épate tout le monde, qui ne tombe pas amoureux du Japon ? Les anime ont influencé toute une génération dans les régions catalanophones, on pouvait regarder plusieurs anime japonais aux heures de grande écoute sur les chaînes de télévision publiques catalanes : Dr. Slump, Ninja Hattori, Ruroni Kenshin, Dragon Ball, Fly, Evangelion… Ça a vraiment été une influence majeure.

Quel rapport entretiens-tu aujourd’hui avec cette culture ?

Mon rapport à la culture japonaise s’étend aujourd’hui à d’autres disciplines et formes d’art, au-delà du dessin et du tatouage. Je me suis mis au bonsaï il y a six ans, et j’ai également commencé à suivre des cours de céramique l’année dernière pour apprendre à fabriquer mes propres pots. C’est un long processus, et je constitue petit à petit ma collection de petits arbres.

Comment ton travail a-t-il évolué au fil du temps ? J’ai l’impression qu’il s’éloigne désormais de l’accumulation de détails pour se diriger davantage vers la simplification et la clarté. Est-ce un choix conscient de ta part ?

L’impact d’une image simple est plus direct, lisible de loin, plus facile à mémoriser et adapté à tout type de peau. On veut que le tatouage soit beau dans la vie réelle, pas seulement à l’écran, et qu’il dure aussi longtemps que possible sur la peau.

Il y a une dimension organique dans certains de tes tatouages, qui peut parfois être un peu effrayante et dérangeante. Les univers de l’horreur et de la fantasy font-ils partie de vos influences ?

Oui, j’aime tout ce qui touche à la fantasy. Le dessin peut être un moyen de s’évader de la réalité et de découvrir de nouveaux mondes et de nouvelles perspectives. Je trouve intéressant de jouer avec les contrastes entre différentes formes et textures, cela ajoute de la richesse visuelle à l’image.

Le grotesque aussi ? Je pense, par exemple, aux déformations et aux distorsions des têtes de vos animaux.

Oui, je trouve de la beauté et de l’originalité dans le grotesque. Le moment où le sanglier « Nago » de Princesse Mononoké (l’un de mes anime préférés) se transforme en démon a été l’une des premières sources d’inspiration majeures qui m’ont profondément marqué sur ce sujet, au même titre que la transformation de Tetsuo dans Akira, entre autres.

Petites, moyennes ou grandes pièces ?

Je pense qu’il est important de travailler de différentes manières et dans différents styles. Je prends autant de plaisir à dessiner à main levée un petit motif de remplissage qu’à réaliser des projets de moyenne ou grande envergure ; cela m’aide à sortir de ma zone de confort et à garder mes compétences à niveau.

D’un point de vue créatif, comment parviens-tu à rester novateur ?

En essayant toujours de trouver différentes façons de faire la même chose… et en ne me contentant jamais de la première esquisse qui me vient à l’esprit. J’ai réalisé que j’avais besoin de me laisser du temps de repos entre les sessions de dessin pour ne pas être stressé et bloqué, ce qui peut mener au burn-out et te faire perdre le plaisir du processus.

+ IG : @moshink